Salut à tous !
Je vous publie ce billet écrit quand j'étais aux Fidji, il y a un mois exactement.
"Je vous écris en ce moment depuis une
île de l'archipel Yasawa aux Fidji. Eh oui cet été a démarré sur
les chapeaux de roue pour moi et n'est pas près de s'arrêter de
sitôt. A peine terminé mon voyage sur la Gold Coast australienne,
je me suis envolée pour Nadi (prononcer « Nandi »),
aéroport principal des Fidji. Comme c'est une destination chère et
peu prisée des étudiants en échange à Sydney, je n'ai pas trouvé
de compagnon de voyage. Cela ne m'a pas empêché de partir, au
contraire ! J'en ai profité pour expérimenter ce que je
n'aurai pu faire que difficilement si j'avais été accompagnée :
du couchsurfing.
Je m'explique : au moment
d'organiser mon voyage, tout ce que je trouvais pour les Fidji
renvoyait à des tours d'îles paradisiaques faits spécialement pour
les touristes. Moi je trouvais vraiment dommage de partir à l'autre
bout du monde pour se retrouver dans un complexe touristique fermé à
barboter dans une piscine. Alors j'ai cherché un moyen de partir à
la rencontre des locaux qui ne me coûterait pas trop cher. Et le
couchsurfing s'est imposé de lui-même. C'est un réseau social
développé sur internet qui met en contact des personnes voulant
voyager avec d'autres pouvant les accueillir. Le service est gratuit
mais ce n'est pas un hôtel : il s'agit d'un système basé sur
la réciprocité où chacun fait partager sa propre culture à
l'autre.
Après avoir crée mon profil sur le
site et exposé mes plans de voyages au réseau, j'ai été contactée
par Save. C'est un père de famille qui vit près de Nadi (et donc de
l'aéroport). C'est un hôte accompli qui a déjà accueilli environ
500 personnes chez lui. Au vu de ses références et après plusieurs
mails échangés, nous avons convenu que je passerai trois jours chez
lui avant de partir visiter les îles Yasawas et Mamanucas. Save a en
plus l'avantage de travailler comme agent de voyage et avait promis
de m'aider à organiser mon voyage pour qu'il me convienne et ne me
coûte pas trop cher.
Trois heures et demi d'avion plus tard,
j'atterrissais à Nadi où Save m'attendait comme prévu.
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Comité d'accueil musical à l'aeroport :) |
Arrivée
chez lui j'ai été assez déconcertée. Je ne savais pas vraiment à
quoi m'attendre avant de venir mais je ne pensais pas que le choc des
cultures et du niveau de vie puisse être si fort alors même que
l'Australie était si proche. La maison était petite et consistait en
quelques mur et un bout de tôle en guise de toit. Il n'y avait que
peu ou pas de meubles et les pièces n'étaient séparées que par de
longs morceaux de tissus qui tapissaient également le sol. Cela n'a
pas entamé mon enthousiasme pour autant, car tous les membres de la
famille semblaient heureux de m'accueillir et me souriaient
affectueusement. A peine arrivés, Save m'a montré une petite
chambre dans un coin qui me sera destinée et m'a dit de m'assoir sur
le sol au milieu de la pièce pour le dîner. C'est à ce moment là
que j'ai compris l'absence de meubles. Les fidjiens vivent au sol :
ils y mangent, y dorment et y prient tous ensembles. Si des meubles
avaient été entreposés dans la pièce, cela n'aurait été qu'une
perte de place.
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Nani et Save, mes hôtes |
Le repas était simple mais revigorant
après mon long voyage. J'ai tenté un brin de conversation mais tous
étaient timides et c'était difficile. Histoire de briser la glace,
je suis allée cherchée les cadeaux que j'avais achetés pour eux :
du rhum pour le père de famille (Save), du parfum pour la mère
(Nani) et des chocolats et des biscuits pour les enfants. Ils étaient
trois, deux garçons de 10 et 7 ans (Marcu et l'autre je n'ai pas
compris son nom) et une petite fille de un an et cinq mois (Kiasa).
Ils se sont jetés sur les sucreries, je pense donc que mon idée
était bonne !
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La maison de Save |
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Le salon/bureau/coin de prière/chambre |
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Les toilettes/salle de bain |
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Le couloir vers la cuisine |
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Mon lit squatté par Kiasa :) |
Ce que je ne savais pas c'est que la
famille de Save est plus grande qu'elle n'y paraît. Il héberge
également sa cousine (de 30 ans) et deux de ses nièces (Ana, 17 ans
et une autre dont je n'ai pas compris le nom qui a 20 ans). Quand elles m'ont dit bonjour j'étais un peu
embarrassée car je n'avais rien pour elles vu que je ne savais pas
qu'elles vivaient ici elles aussi. Mais elles étaient si gentilles
avec moi que c'est vite passé.
Après le repas, Save m'a expliqué
qu'il y aurait le lendemain un service religieux important pour la
famille. D'ailleurs les filles allaient y danser et devaient se
préparer. On m'expliquait alors qu'avant la messe catholique, il
était de coutume de chanter et de danser, un peu comme le gospel en
Amérique, la danse en plus. Et pour mieux me faire comprendre, les
filles ont mis de la musique et se sont mises à danser. C'était une
chorégraphie simple qui allait de pair avec les paroles de la
chanson. Vu mon air intrigué, les filles m'ont invitée à danser
avec elles. J'ai acceptée, ravie mais quelque peu gênée par mon
manque d'habilité. Mais ma maladresse les a fait rire, ce qui m'a
finalement mise en confiance. Après plusieurs essais ma danse
commençait à ressembler un peu à quelque chose, voyez vous-même !
Exténués par cet exercice nocturne,
nous sommes finalement allés nous coucher. Mon lit était dur, mais
j'avais au moins le mérite d'en avoir un, ce qui n'était pas le cas
de tous les membres de la famille, dont certains dormaient par terre,
serrés les uns contre les autres. Cela m'a énormément gênée, je
me sentais injustement privilégiée. Je n'ai cependant rien dit, de
peur d’offenser mes hôtes. Plus tard, j'ai appris qu'il était de
coutume aux Fidji d'offrir son meilleur lit à son invité.
Au matin, j'ai été réveillée par
une douce musique fidjienne et les vas et viens des uns et des autres
se préparant pour la journée. J'ai eu du mal à émerger, à cause
du décalage horaire, j'avais perdu deux heures et il était pour moi
4 heures du matin. Save m'a accueilli avec un bon café au lait, et
Nani avec des beignets locaux qu'ils appellent là-bas pancakes. Je
les mangeais avec délice en compagnie des deux garçons, tous les
deux en uniforme en préparation de l'école. Save préparait leur
déjeuné et leur a glissé quelques uns des biscuits que je leur
avais amenés la veille. Il y avait un koala sur la boîte, et Save
réussit à faire croire à ses fils que les biscuits étaient faits
à partir de crotte de l'animal. Ils ont regardé les biscuits avec
méfiance pendant une bonne vingtaine de minute avant de bien vouloir
les goûter.
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Kiasa, la petite dernière de la maison, en train d'essayer mes tongs :) |
Les garçons partis, Save
m'a aidé à planifier mon voyage. Ce sera donc 9 jours (qui se transformeront au final en 11 jours) dans les îles
paradisiaques avant de revenir à Viti Levu (l'île principale). Les
hôtels réservés, il ne me restait qu'à aller à l'aéroport pour
confirmer mon billet pour le ferry. C'est Ana qui m'y a emmenée.
Nous y sommes allées en bus sous un soleil brulant et un air bien
humide.
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Vue sur le village depuis l'arrêt de bus |
Ana vit avec son oncle
pour son éducation. Elle est au lycée à Lautoka (une ville à une
demi-heure au nord de chez eux) et veut devenir infirmière. Elle
parle très bien anglais car elle l'a appris à l'école. La jeune
génération parle d'ailleurs bien mieux la langue que ses ainés qui
ont plus de mal.
Après l'aéroport, Ana
m'a emmené dans le centre-ville de Nadi histoire de faire quelques
courses. Save m'avait ordonné d'acheter un pack de 6 bouteilles
d'eau à emmener sur dans les îles. Je n'avais pas compris pourquoi
sur le coup, mais après réflexion, bien m'en a pris. L'eau n'est
pas potable sur les îles et est vendue environ 5 dollars fidjien sur
place. J'ai payé mon pack moins de 2 dollars. Nous en avons profité
pour acheter des bananes sur le marché en vue du service de la
soirée.
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Quelques maisons aperçues sur la route depuis le bus |
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Me demandez pas ce que c'est je sais pas |
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Ca non plus ! |
Ana a voulu me montrer un
temple hindou qui apparemment est le plus grand des Fidji. Il y a une
grande proportion d'indien aux Fidji, dû à une forte immigration
par le passé. C'est un peu surprenant au premier abord, mais la
culture hindoue se mêle bien à la fidjienne et les deux ethnies
semblent vivre ensemble pacifiquement. Pas de chance, ce jour-là le temple était fermé. Je n'ai donc pu l'admirer que de l'extérieur.
Une fois rentrées, nous
avons mangé quelques nouilles et de la pastèque, que Kiasa a adoré.
Il faisait trop chaud à l'intérieur de la maison pour y rester,
Nani cuisinait donc à l'extérieur. Elle préparait un espèce de
banana bread à la noix de coco avec les bananes achetées plus
tôt et une noix de coco cueillie sur un arbre du jardin. Kiasa, plus
vive que jamais, courait de partout et essayait de piquer des bananes
à sa mère. Les noix de coco des Fidji n'ont rien en commun avec
celles que nous avons en Europe, si ce n'est le nom et l'apparence.
Elles sont pleines de lait et Nani pressait la noix de coco rappée
pour le sortir.
Le soir, deux évènements
se préparaient. Le premier incluait la préparation d'un plat
typique fidjien pour moi et le père de Save qui arrivait de Suva (la
plus grande ville de Viti Levu) : du poisson à la noix de coco
servi avec des espèces de pommes de terre sèches donc j'ai oublié le
nom. Tout ce que je peux vous dire c'est que c'était délicieux,
surtout avec les petits piments très forts cueillis dans le jardin !
Par contre, ce sont les filles qui avaient préparé le dîner, mais
seuls le père de Save et moi l'avons mangé. Je ne sais pas si la
coutume veut qu'on ne donne un bon repas comme ça qu'aux invités ou
si la vraie raison tient au fait que ce type de nourriture coûtait
cher et que la famille ne pouvait pas se permettre d'en offrir à
tout le monde. Je n'ai pas osé poser la question.
Le deuxième événement
en préparation était bien sûr le service religieux qui, je ne le
savais pas, avait lieu dans le jardin de ma famille. L'évènement
avait failli être annulé à cause d'une forte pluie tombée en
moins de cinq minutes. Mais le soir était légèrement plus sec et
tout le monde était venu. Toute la famille était sur son 31 :
les hommes portaient de belles chemises avec de longues jupes noires
traditionnelles fidjiennes quand les femmes portaient des longues
robes de couleurs bariolées. Pour mieux m'intégrer, j'ai eu la
chance qu'Ana me prête une de ses robes que j'ai porté avec fierté.
A 9 heures du soir, il
faisait déjà bien noir quand le service commençait. Par malchance,
il y a eu une coupure d'électricité alors même que des micros et
des claviers avaient été installés. Le service a alors dû
commencer sans lumière ni amplification du son. Mais je dois dire
que ça rendait l'évènement d'autant plus magique. Pendant un
moment j'ai cru vivre un rêve, avec les voix des chanteurs qui
s'entremêlaient à celle du pasteur dont je ne comprenais pas un mot
mais qui envoyait un message d'amour et d'espoir. Je ne sais pas si
je suis croyante moi-même, mais il m'étais impossible de rester
insensible à tant de passion.
La magie s'est envolée
quand le courant est revenu. Le son des micros était trop fort et
les pianistes mauvais au point que l'on n'entendait plus les voix des
chanteurs. Un deuxième pasteur avait remplacé le premier et avait
décider de hurler dans le micro pendant une heure entière. Le
message et le ressenti n'étaient plus du tout le même, ça a été
pour moi un véritable supplice. J'ai alors essayé de penser à
autre chose alors même que mes genoux supportaient mal la position
fidjienne des jambes croisées à même le sol.
La fin était plus douce.
Tout le voisinage constitué d'une trentaine de personnes de tous
âges était là et bavardait tout en mangeant des gâteaux (dont
celui fait l'après-midi par Nani) et en buvant du thé avec beaucoup
de lait et beaucoup de sucre. Tous étaient très gentils avec moi et
semblaient très heureux qu'une européenne s'intéresse à eux alors
même que la plupart des touristes ne visite que les îles
paradisiaques sans prêter attention à la culture locale. Trois
garçons de 12 ans étaient très impressionnée par le fait que je
sois française et que je vive en Australie. J'ai dû répondre à un
flot de question toutes plus farfelues les unes que les autres (« Ca
boxe les kangourous ? », « T'es bizarre, pourquoi tu
mets pas de sucre dans ton thé ? », « La France
c'est un pentagone en fait ? ») et j'étais bien contente
de parler de mon pays natal (ils me croyaient pas quand je leur ai dit qu'il neigeait en France alors qu'il fait toujours 30°C aux Fidji)
et de mon pays d'accueil, duquel je me sentais très proche après y
avoir vécu presque 5 mois. Ils étaient d'ailleurs fascinés par les
photos que j'avais prises des kangourous et des koalas lors de mon
voyage à Brisbane.
Vers 11 heures, chacun
est rentré chez soi, tous en me souhaitant bon voyage et en me
remerciant d'être venue. Le prêtre m'a même demandé d'annuler mon
voyage dans les Yasawas pour rester à Nadi. Cela m'a fait sourire et
m'a touché à la fois. Ces gens que je connaissais à peine m'ont
traitée comme l'une des leurs avec respect et générosité en me
donnant beaucoup plus qu'ils n'avaient à offrir. J'ai pris une belle
claque qui m'a remis les yeux en face des trous et m'a fait
comprendre à quel point notre mode de vie est absurde. La famille de
Save est peut-être l'une des plus heureuses que j'ai vue à présent,
et pourtant, ses membres n'ont pas grand chose, si ce n'est le fait
d'être ensembles.
C'est pour des moments
comme ceux-là que je me rappelle pourquoi je suis partie si loin de
chez moi. Ma famille me manque énormément mais je sais que cette
expérience me sera très importante pour l'avenir. Je suis plus que
jamais déterminée à mener ma barque pour arriver là où je le
veux et devenir l'avocate qui défendra la justice et les droits de
l'homme.
[J'avais essayé de commenter de mon iphone mais je crois que ça n'a pas marché.]
RépondreSupprimerTu as eu tout à fait raison de faire ce voyage de cette façon et de nous montrer que la population locale, de ce qui pour nous représente la destination ultime, est si pauvre mais si généreuse.